L’éditeur en chef des éditions Icare, Philippe “Phil” Perret pour ne pas le citer, nous impose une philosophie de travail héritée, dit-il, de ses différentes expériences en tant que manager — je sais qu’il préfère dire “meneur d’hommes” —, expériences notamment acquises sur les planches ou en studio, à la direction des musiciens — il nous le raconte assez souvent…
Parmi les slogans qu’il aime répéter à loisir, il y a son sacrosaint “Il faut savoir perdre du temps”… (”Savoir perdre un peu de temps pour en gagner beaucoup” pour citer la phrase exacte).
Ce principe trouve son application directe aux éditions Icare dans le sens où nous sommes une petite équipe et nous nous devons, chacun à notre poste, d’être la ou le plus efficace possible.
Et cette efficacité, cette vitesse donc, comme nous l’a expliqué notre gourou Phil 🙏🏼, passe par apprendre à perdre du temps pour découvrir toutes ces petites choses bien utiles qui vont ensuite nous en faire gagner beaucoup. Si certaines et certains d’entre nous, c’est vrai, rechignent au départ, on se rend vite compte du bienfondé de cette approche.
L’heure de perte de temps
Aussi, aux éditions Icare, nous commençons chaque semaine de travail par une heure de perte de temps (la wasting time hour). Cette heure ne doit pas être consacrée au travail d’édition proprement dit ou au travail de gestion de la maison Icare, il doit être consacré à apprendre de nouvelles choses, de nouvelles astuces, de nouvelles compétences, de nouveaux moyens d’aller plus vite dans notre façon de travailler.
Les petites choses qui font gagner beaucoup de temps
Parmi ces astuces, ces compétences, on trouve en tout premier lieu les raccourcis clavier, ces combinaisons de touches qui permettent de ne pas utiliser la souris et de gagner un temps fou. C’est la première chose que vous vous devez d’acquérir — si vous ne connaissez pas déjà — lorsque vous rejoignez l’équipe des éditions Icare (en réalité, la toute première chose, c’est apprendre à taper au clavier sans regarder ses touches, mais c’est un peu différent).
Si vous ne l’avez jamais vu, je vous conseille vivement le tutoriel de Phil sur la question des raccourcis clavier et particulièrement ce passage :
Édifiant, non ?…
Une et une seule chose
Parmi les contraintes qui sont imposées, nous ne devons, pendant cette heure de temps perdu, n’apprendre qu’une seule et unique chose. Par exemple un seul raccourci clavier. Pas deux, pas trois, un seul. Mais nous devons l’apprendre bien, c’est-à-dire :
Une seule chose bien acquise par semaine, c’est à peu près 50 choses bien acquises par an. C’est déjà énorme et c’est même suffisant pour apprendre l’essentiel pour augmenter son efficacité et, surtout, son confort de travail. Car en vérité, il s’agit bien de ça, de confort de travail.
Un exemple avec un raccourci-clavier
Par exemple, il peut s’agir du racourci clavier ’⌘ w’ (ou ’Ctrl w’ sur Windows) qui permet de fermer la fenêtre d’une application plutôt que de prendre sa souris pour aller cliquer sur le bouton de fermeture, toujours très loin et très haut (sur MacOS, il est même à l’opposé, tout à gauche).
Pendant cette heure, après avoir appris le raccourci, nous nous entrainons donc à ouvrir des fenêtres puis nous les refermons avec ’⌘ w’. Si nous avons appris d’autres raccourcis, par exemple pour passer d’une application à l’autre avec ’⌘ Tabulation’ (la touche au-dessus de la touche de verrouillage des majuscules), puis ’⌘ n’ pour créer un nouveau document, nous révisons en même temps d’autres combinaisons apprises les semaines précédentes.
Les autres petites choses à savoir
Cette heure de perte de temps ne concerne pas seulement les raccourcis-clavier bien entendu, c’est seulement le début 😅.
Elle concerne aussi les logiciels que nous devons maitriser. L’heure peut donc être utilisée pour suivre un tutoriel sur une fonctionnalité que nous n’avons jamais utilisée, ou pour lire une partie du manuel de notre dernière application. Il y a toujours plein de choses à apprendre sur nos logiciels de travail, ils sont tellement puissants ! Sans cette découverte hebdomadaire, nous les utiliserions à 5 % de leurs possibilités, peut-être même moins, en nous répétant à chaque difficulté que nous devrions prendre le temps de lire ce fichu manuel !… À Icare, nous le faisons.
Cette heure peut servir aussi à développer sa capacité à faire des scripts. C’est un autre des “serinement” de Phil : “ne jamais répéter deux fois une même action, faire un script”. Phil peut sortir de ses gonds, littéralement, s’il vous surprend en train de répéter à la main plus de deux fois la même opération. Vous pouvez même vous recevoir une bonne volée de bois vert (du regard, mais je vous assure que ça peut faire mal 😆).
Les scripts permettent d’automatiser certaines tâches. Lorsqu’on doit par exemple changer la taille et la résolution de 40 images, il vaut certainement mieux faire un script plutôt que de faire le changement à la main. Au début, peut-être qu’on mettra un peu plus de temps, mais plus on le fera et plus le rapport se déséquilibrera en faveur du script et… du temps gagné.
On peut faire des scripts relativement simples, avec Automator sur MacOS par exemple, avec AppleScript si l’on n’est un peu plus geek ou en python, ruby ou bash si l’on aime un peu la programmation et qu’on connait ces langages (franchement, je n’imaginais pas, au début, à quel point ça pouvait être simple… ça me faisait même complètement peur 😱🖥️).
Notons que les scripts ne sont pas forcément des programmes que nous faisons une bonne fois pour toutes et que nous utilisons le reste du temps. Non, le script, c’est quelque chose que l’on peut faire dès qu’une tâche répétitive se présente, même si c’est la première et dernière fois qu’on l’exécute. Plus on en fait et plus c’est rapide d’en faire.
Reprenons mon dossier de 40 images dont je veux changer la taille et la résolution par exemple. Le faire à la main me prendrait à peu près une heure. Au minimum, si j’arrive à traiter chaque image en 30 secondes, je mettrai 20 minutes.
Au lieu de me lancer dans ces 20 minutes de répétition laborieuse (et sujettes à toutes les erreurs possibles), j’ouvre notre éditeur (Sublime Text en l’occurrence) et dans ce dossier des images, je crée un petit fichier redim.rb qui va contenir ça :
CMD = "convert \
-density 300 \
\"images/%{image}\" \
-resize 1500x \
\"images/REDIM-%{image}\""
#
# Boucle sur le dossier
#
Dir.chdir(dir) do
Dir["./images/*.{jpg,jpeg,png}"].each do |path|
fname = File.basename(path)
command = CMD % {image: fname}
\#{command}
# break # pour essayer avec une seule
# image d’abord
end
end
Chrono en main, il m’a fallu moins de 6 minutes pour écrire ce petit script — en faisant quelques erreurs, désolée… — qui dit, en langage humain : prend chaque image jpg ou png du dossier images (c’est dans ce dossier que se trouvent toutes les images), et redimensionne-la à la taille de 1500 pixels de large, en mettant sa résolution à 300. Renomme chaque image en ajoutant "REDIM-" devant son nom.
Je lance ce script (avec un simple ’ruby ./redim.rb’ dans le dossier) et il lui faut, chrono en main, moins de 10 secondes pour transformer avec succès les 40 images dont la largeur variait entre 1800 à 5500 pixels. Et lui, il le fait sans erreur !
Gain de temps : de 19 à 53 minutes, pour 6 minutes en apparence perdues.
Super, non ? Et qu’est-ce que je fais de ce temps gagné ?… Eh bien j’en profite tout simplement pour écrire cet article ! 😃 Et partager avec vous cette saine méthode de travail.